La place du travail dans l’identité

La première question qui nous vient à l’esprit quand on rencontre quelqu’un est « que faites-vous dans la vie ? » Alors, que penser de quelqu’un qui répondrait qu’il n’a pas de travail ?
N’est-il pour autant personne ?

Identité personnelle et identité sociale

Nous héritons de Montaigne aux XVIème siècle ce concept de dualité au sujet de l’identité. Il avait la conviction que nous avons plusieurs identités : l’identité personnelle et celle dans notre vie sociale.

Il y a l’habit que nous mettons spécialement au travail, le rôle que nous y jouons. Notre appartenance au groupe, au sein d’ une structure sociale, de l’association à laquelle nous adhérons, de l’équipe de sport à laquelle nous appartenons, notre rôle au sein de la société.
Les femmes sont sorties par le passé de leur rôle de femme au foyer et d’épouse pour se réaliser, pour devenir elles-mêmes. Pour jouer un autre rôle, diversifier, complexifier leur identité ? Il y aurait donc un rapport entre la possibilité d’endosser une identité supplémentaire ou bien de ne pas être enfermée dans une identité et l’épanouissement personnel.

A-t-on uniquement deux identités ? Peut-on les dissocier ? Si la réponse à la deuxième question est non, peut-on dire alors que l’on possède plusieurs identités ? On peut peut-être les hiérarchiser pour mieux se connaître.

Sommes-nous notre travail ?

Par ordre d’importance pour les personnes, la valeur travail passerait juste après la valeur famille. Cela prédomine selon la catégorie socio professionnelle de l’individu. Pour les cadres et professions indépendantes, la place du travail dans la définition de l’identité est plus forte.
De même que la famille prend plus d’importance quand on a des enfants.

L'impression d'être quelqu'un.
Avoir un travail et s'y identifier peut permettre à certains de se sentir vivant. Un travail permet de se sentir utile d'abord, d'appartenir à quelque chose, d'avoir sa place dans la société.
Que nous ayons un travail ou non, nous appartenons tous à l'humanité, à l'univers.

S’identifier à son travail : un concept limité

Parfois on fait un travail « alimentaire« , sans conviction profonde, difficile alors de se définir à travers son activité professionnelle.

On peut aussi perdre son travail. Cela m’est arrivé il y a dix ans : Imaginez passer en quelques jours de cadre, indépendant, reconnu par vos pairs, à personne au chômage. C’est la dégringolade. Je n’avais pas perdu que mon travail puisque j’avais du déménager, j’avais tout perdu, enfant sous le bras. La nuit je rêvais de ma vie passée . C’était dur de me voir dans le regard des autres alors que je me débattais pour re-trouver un travail. Je m’étais presque entièrement dévouée à mon travail les années qui avaient précédé, alors qui étais-je tout à coup devenue, à part une mère, je ne le savais plus… La perte du travail s’est transformée en perte d’identité en quelque sorte.

On peut se perdre à force de s’identifier à son travail. J’ai une amie qui occupe un bon poste aux yeux des autres (elle dirige une petite entreprise) mais qui meurt à petit feu dans son emploi. Elle rêve d’un autre travail. Elle a vraiment besoin de renouveau ; de l’extérieur c’est si évident. Le bassin de l’emploi n’est pas fameux où elle réside. Et plus les jours passent à ce poste qui n’est plus fait pour elle, plus elle perd confiance en elle. Et pourtant elle a trop peur de se libérer en choisissant un autre emploi moins « prestigieux », moins qualifié. Ce serait pourtant une libération. Un jour elle m’a dit : que diraient les gens d’une telle « contre évolution » ? Alors elle reste dans son travail où elle s’ennuie et ou elle perd de son éclat chaque jour un peu plus depuis des années.

On rêve son identité parfois grâce au travail … des autres !. J’ai une autre amie qui aime fréquenter des personnes « haut placées ». Elle place toujours dans ses récits : « l’autre soir j’ai dîné avec untel qui est directeur au sein de telle entreprise. » Je sais que pour cette amie c’est vital, d’avoir un mari haut placé, des amis haut placés, elle se sent faire partie d’une autre sphère. Elle se sent importante et c’est très bien ainsi ! Bizarrement elle aussi se laisse mourir dans un poste où elle n’est pas bien traitée et qui la rend un peu malade.

Un concept dépassé mais ancré en nous

Le travail c’est la santé !

Sachant qu’un actif sur 10 est sans travail avec le chômage de masse, sachant que beaucoup de personnes souffrent de mal-être au travail, n’est-ce pas un concept un peu dépassé ?

Au jour où j’écris cet article, je suis sans emploi depuis 10 jours car j’ai choisi de quitter mon travail. Et cet après-midi pour créer un dossier médical, une secrétaire m’a demandé ma profession. J’ai dit « sans profession ». J’ai eu le même sentiment que je disais « sans domicile ».

Et si on prenait les choses dans l’autre sens ?

C’est un sujet abordé dans un post sur la reconversion. L’important serait de trouver le bon équilibre. De ne pas se définir (entièrement) grâce à son travail. En fait ce devrait être l’inverse : définir son travail grâce à qui nous sommes et non le contraire. C’est une petite révolution de penser ainsi.
De même que nous changeons au fil des années, nous pouvons être amenés à devoir changer de profession. Être aligné avec qui l’on est. Aligné, c’est un terme qui revient beaucoup ces temps ci. Il s’agit ici d’aligner son travail avec qui nous sommes, ce qui va demander de se questionner sur son identité personnelle.

Outre la manière de définir son identité, cet article nous amène à nous interroger sur notre manière d’appréhender les autres. Ai-je vraiment envie de connaître cette personne et si oui est-ce son travail qui me dira ce que je veux savoir ? Qu’est ce que je souhaite savoir de cette personne ?

Et vous ? Quelle est l’importance du travail dans votre identité ?
Et dans votre rapport aux autres ?
Laissez nous un com !

Source Etude Insee Enquête histoire de vie 2003
Réécouter l’émission de France Inter, La tête au carré, qui traite de nos différentes identités, si elle existent !

4 commentaires sur “La place du travail dans l’identité

  1. Super c’est article, ça donne à réfléchir ! Merci
    La remise en questions est tellement difficile en premier lieu à cause du jugement…

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      1. Chère Coralie merci pour ton commentaire. Comme je te comprends ! J’ai bon espoir que les choses évoluent avec le temps, nous sommes une espèce de génération « hangover » (plus chic en anglais n’est-ce pas?) post révolution industrielle. Le mal être au travail, le chômage de masse sont des réalités… le travail n’est pas tout, n’est plus tout.

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