Nous sommes vulnérables

Un nouveau-né est un petit être vulnérable. C’est évident. Lorsque nous venons au monde, nous sommes tellement dépendants des personnes qui prennent soin de nous, nos parents pour la plupart du temps. Ensuite vient le temps de l’enfance, nous devenons plus forts, plus autonomes, mais nous sommes toujours fragiles.
Qu’en est-il de nous, adultes ? Que devient notre vulnérabilité ?

que devient notre vulnérabilité
Que devient notre vulnérabilité une fois à l’âge adulte ?

Notre rapport à la vulnérabilité

Un homme ne pleure pas, mon fils !
Il ne faut pas paraître fragile devant l’ennemi !

Nous passons beaucoup de temps à apprendre comment camoufler nos émotions. En ce qui concerne la fragilité, c’est particulièrement vrai pour les hommes (on ne dira pas « une femme ne pleure pas, ma fille »).
Lorsque l’homme est en guerre, il ne doit pas montrer ses faiblesses. Lorsque nous passons un entretien d’embauche, il ne faut surtout pas parler de ses fragilités sauf pour démontrer que nous savons les combattre.

Lorsque nous ne la combattons pas, nous prêtons des vertus morales à la vulnérabilité et à sa cousine, la souffrance.

Ce qui ne tue pas rend plus fort.
Il faut savoir souffrir pour être belle !

La souffrance et la vulnérabilité nous permettent-elles d’accéder à une meilleure version de nous-même ?
Il y a cette culture du dolorisme qui veut nous faire croire que la douleur nous rend plus fort. C’est la souffrance que doit s’infliger le pêcheur dans la religion. C’est aussi la valeur que l’on attribue à la douleur. La douleur nous fait accéder à autre chose. Elle nous rend plus fort, plus beau, elle nous lave. L’ascète recherche la perfection, du corps et de l’esprit, une notion également couramment rattachée à la religion. On remarquera aussi qu’on ne dit pas « il faut souffrir pour être beau ». Le concept de souffrance vers plus de beauté étant plutôt réservé au sexe féminin.

La beauté parfaite, ce mythe défait sur les visages abîmés à coups de bistouri et de botox.

La douleur peut endurcir en effet et aider à affronter d’autres peines futures. Mais il y a des douleurs qui terrassent et elles ne nous rendent pas plus fort. Elles nous mettent juste à terre. Penser l’inverse est déconnecté de la réalité.

Nous sommes imparfaits et vulnérables.

La vulnérabilité comme un rappel à l’ordre

En ces temps de coronavirus, je ne cesse de me répéter cela : nous sommes vulnérables. Nous croyons tout maîtriser, notre corps, la nature, nos vies. Et voilà qu’une pandémie s’abat sur le monde et fait cesser de fonctionner l’économie. L’économie qui nourrit nos sociétés. Nous ne pouvons plus sortir de chez nous.
On reproche aux humains de se ruer sur les aliments et de faire la queue aux réouvertures des Mc Donalds. A longueur de temps nous sommes soumis à une pression constante du marketing et de la publicité. Nous devons tout acheter et tout le temps, peu importe nos besoins. L’économie ferme du jour au lendemain et on reproche aux individus d’être accros. Je trouve cela un peu injuste. Mais c’est une autre histoire.
Et pourtant, la farine et la levure sont souvent introuvables dans les rayons des magasins. Les individus se remettent à faire leur pâte, à faire leur pain, de la pâtisserie. Ils font leur potager. Beaucoup d’initiatives solidaires voient le jour. Les couturières fabriquent des masques pour d’autres.
J’ai entendu un témoignage dans les médias hier. Un homme, qui semblait assez sain d’esprit, se posait des questions sur l’après : avec sa femme ils avaient beaucoup profité de leurs enfants, pris tous leurs repas ensemble. Il ne se voyait pas reprendre son quotidien, ne plus voir ses enfants le soir, passer tant de temps dans les bouchons. Comme si ses priorités avaient changé, il le disait. Cela n’avait rien de romantique, c’était juste une histoire qu’il avait vécu pendant le confinement, pendant que l’on redécouvrait notre vulnérabilité.
La vulnérabilité est comme un grand rappel à l’ordre. Nous sommes vulnérables rappelez-vous en, semble nous dire la nature. Tant de gens souffrent, c’est difficile d’y voir quelque chose de positif. Juste un fait. C’est équivalent au « nous sommes peu de chose ».

La vulnérabilité
Les recherches Google sur le thème de la vulnérabilité durant les derniers mois

La vulnérabilité, une porte d’entrée vers autre chose

Faire preuve d’empathie et d’indulgence

Regarder notre vulnérabilité, c’est faire preuve d’empathie vis à vis de nous-même. Accepter cette part de nous, nous rendrait meilleur en ce sens. Car pour faire preuve d’empathie vis à vis de l’autre, il faut d’abord pouvoir le faire vis à vis de soi.
Le bonheur résiderait dans la capacité à éprouver des émotions positives même dans l’adversité.

La vulnérabilité est le berceau de la créativité, de l’innovation et du changement.

Brené BROWN

Nous sommes vulnérables mais résilients

C’est ainsi que face à cette vulnérabilité, nous pouvons nous réinventer si nécessaire. C’est le formidable pourvoir d’adaptation de l’homme et de tout être pour sa survie. La résilience dans ce cas représente « la capacité à réussir, à vivre et à se développer positivement, de manière socialement acceptable, en dépit du stress ou d’une adversité » (Boris Cyrulnik).
La douleur n’est pas chose heureuse mais nous devons nous faire confiance.
De la vulnérabilité naît autre chose. Elle est à la source de l’innovation, de la créativité et du changement.

Acceptation de soi

Selon Brené Brown, chercheuse américaine en sciences sociales, une différence (conclusion d’années de recherches) entre les personnes heureuses et celles-qui ne le sont pas réside dans la capacité à oser prendre des risques, à mener des actions sans être assuré du résultat, à avoir le courage d’être imparfait et vulnérable.
Il semblerait que nous soyons tous vulnérables et que certains l’assument et le vivent, d’autres pas. Car il faut un certain courage pour assumer d’être fragile.

En voulant nier notre vulnérabilité et nos émotions négatives, nous enfouissons aussi et nous empêchons de ressentir nos émotions positives, le bonheur, la gratitude, la joie … Il est utopique de penser que nous pouvons enfouir nos émotions de manière sélective.


Aujourd’hui lundi 11 mai 2020, c’est jour de dé-confinement en France. Est-ce la fin de cette crise ? Il semblerait que non. Des jours assez sombres semblent nous attendre. Des difficultés économiques pour les entreprises, des incertitudes face à cette maladie, la redécouverte de notre fragilité, avec laquelle nous ne savons pas quoi faire. Nous sommes vulnérables et nous sommes beaux pour ça. La vulnérabilité n’est pas un couperet au-dessus de notre tête.
Nous sommes juste bien comme nous sommes. Nous sommes forts et nous sommes fragiles. Nous sommes jeunes et nous sommes vieux. Essayons juste d’être heureux.

Pour aller plus loin :
Brené Brown, Le pouvoir de la vulnérabilité
Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur

2 commentaires sur “Nous sommes vulnérables

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